dimanche 8 mars 2026

Petite oie blanche

Pendant que je rêvasse, l’après-midi s’étire… Bon je dois penser à tout… passeport, billets, argent ! J’ai le temps. J’espère que Chris sera aussi contente de me voir…. Peut-être y ai-je été un peu rapidement ? Je sais qu’elle bosse, mais j’aurai plaisir à retrouver Montréal. J’aime cette ville étrange ! Ce n’est pas vraiment l’Amérique et pourtant oui !
D’un coup, j’ai un doute… Peut-être qu’elle… a d’autres choses à faire que de recevoir son amie d’Europe… Zut ! Je culpabilise. J’ai été égoïste et je n’ai pensé qu’à mon bien-être. Merde ! J’ai hâte de lui parler… Je défais les achats du marché, me remets dans l’ambiance maghrébine, dans les odeurs de voyage. Je tripote dans la cuisine et repense à Chris, aux disputes qui l’ont forcée à se séparer de son copain ! Il était chouette mais trop viril, sans finesse mais elle y tenait. Comme une oie blanche, elle a cru que c’était le bon, l’homme de sa vie. Cet homme était violent, comme pour prouver qu’il était un mâle, un vrai ! Moi, cela m’aurait fait fuir, mais elle se sentait presque en sécurité avec lui, alors qu’il était le danger dans sa vie. Jusqu’au moment où cela s’est retourné contre elle. Il est devenu froid, distant. Elle était de plus en plus déçue, puis malheureuse. Il s’est mis à la violenter. Elle a commencé à avoir peur, venir loger chez moi en larmes et angoisses. Puis elle y retournait… vers son macho ! Cela a duré un bout de temps…
Disputes, excuses, bouquet de fleurs, disputes, violences, cadeau, embrassades, excuses, disputes… Cercle vicieux que j’observais avec quelque inquiétude !
Jusqu’au jour où elle est arrivée, le visage déformé par une claque trop forte et des bleus sur le corps. Ce n’étaient plus les larmes qui lui baignaient le visage, mais une rage, une fermeté que je ne lui connaissais pas ! Cette fois, s’en est trop ! C’est fini ! Elle a pris une douche, comme pour se débarrasser de lui, de son contact, de son odeur ! Se débarrasser de cette vie de crainte, de chaud et froid. Elle a été chez le coiffeur, couper ses beaux cheveux qui l’avaient attiré vers elle. Elle voulait être une autre, avoir une autre vie, oublier cet échec! Elle ne voulait plus qu’il la reconnaisse ! Auprès d’elle, j’assistais à sa métamorphose. Elle devenait plus sévère avec elle-même, plus exigeante, mais elle cachait bien son jeu ! Je m’en suis aperçue petit à petit, dans les moments où elle ne voyait pas que j’observais. Elle regardait le vide, la tête penchée comme si elle était ailleurs. Son visage lisse était triste, son beau visage avec ses petits cheveux courts. Dès qu’elle me voyait, elle se reprenait vivement comme si je la ramenais à la réalité. Ce qui était sans doute vrai ! A quoi pensait-elle ? A ce type qui la maltraitait ? A cette relation pourrie ? A cette société qui rend les hommes idiots ?
Il l’a pourchassée pendant pas mal de temps, il la cherchait, pleurnichait, venait sonner chez moi, déposait des lettres enflammées et des excuses qui ne dureraient que le temps d’une allumette… Je n’ouvrais pas, je ne voulais pas avoir à m’expliquer avec ce type ! Le téléphone sonnait souvent… voilà venu le temps du harcèlement. Chris tenait bon, malgré cela. Elle devenait plus forte, peut-être fière au fond d’elle-même, d’avoir la force de lui rendre la monnaie de sa pièce. Elle était belle mon amie Chris dans sa lutte entre ses sentiments et sa raison. J’observais ses résolutions et son envie de vivre. On sortait, voyait les copains mais je voyais aussi le regard qu’elle jetait derrière elle. Elle craignait qu’il soit là, tapi dans son sillon, qu’il l’observe dans l’ombre de sa vie… En fait, elle avait peur ? Ca, je le crois aujourd’hui, avec le recul. Aussi quand elle a décrété qu’elle partait quelques temps au Canada, je n’ai pas été franchement étonnée, je l’y ai même encouragé. Elle avait une vague connaissance qui pourrait l’accueillir… Je me suis dit que c’était une bonne chose ! Elle est partie assez rapidement. 
A ma grande surprise, je me suis sentie seule soudain ! Elle me manquait. Ses soucis remplissaient une part de ma vie. J’ai été désorientée un moment, comme abandonnée ! Il était temps que je me reprenne et suive ma route.

7 commentaires:

  1. Bonjour France,
    Quel beau texte, dense comme à chaque fois mais beaucoup plus personnel ici !
    On est frappé par les images, véritables paraphrases qui nous surprennent : la douche rédemptrice, l'allumette "anéantrice"...
    J'attendais ce genre de texte depuis le début. Dommage que tu n'au ppas osé proposé cette manière plus humaine, plis intériorisée, plus tôt.
    Bravo pour cette évocation d'une vie en quelques phrases bien sonnantes !
    Malgré son désir et son achat de billet pour le Canada, ton héroïne va-t-elle vraiment prendre l'avion ? Tu nous laisses dans l'expectative....
    Encore bravo !
    Bien àà toi,
    Jan.

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  2. Bonsoir France,

    Voilà un beau texte sur la violence faites aux femmes par des crétins machistes qui se croient virils parce qu’ils adoptent une position dominatrice.
    Voilà un beau texte sur la difficulté de ces femmes amoureuses qui pensent, pendant un certain temps du moins, que ces crapules pourraient changer.
    Voilà une femme courageuse qui malgré les harcèlements incessants, pesants, a continué à dire non et s’est finalement rendue à Montréal pour échapper à son prédateur.
    Malgré son éloignement, échappera-t-elle à son persécuteur ?

    Mais tout cela ne fait pas l’affaire de son amie qui elle se sent terriblement seule !

    Voilà un beau texte plein de rythme. Bravo.
    Cordialement, Christian

    "J’irai" à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer. J'ai besoin de "voir" l'hiver. Et ses aurores boréales. J'ai besoin de cette lumière

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  3. Bonjour, France,

    Le Canada est toujours bien présent dans ton récit, mais nous en apprenons davantage cette fois sur les raisons qui ont poussé Chris à s’y expatrier, les violences physiques et morales qu’elle a subies à répétition!
    Thème malheureusement très présent dans la vie des femmes actuellement.
    Ce climat délétère s’est naturellement répercuté sur le quotidien de ton héroïne. Au point que, elle aussi, Line, décide de retourner dans ce pays qui lui est si cher.
    Mais va-t-elle finalement boucler sa valise devant le peu d’empressement de Chris à l’accueillir?
    On partage avec infiniment d’empathie le désarroi que peut traverser une femme malmenée car ta plume se veut sensible et fine à souhait.
    Beau texte, France!
    Cordialement,
    Micheline.

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  4. Bonjour France,
    Tu nous offres un fragment de journal intime . Les souvenirs remontent pendant les préparatifs du voyage.
    Ici, on ressent fortement sa voix personnelle . Elle observe, juge, doute d'elle-même. Le récit de sa relation violente est convaincant, le mot "disputes "revient souvent.
    Ce qui est frappant, c'est la scène où elle se coupe les cheveux: c'est un moment symbolique. Il n'y a aucun discours moral, tout se fait par observation.
    Malgré tout cela, va-t-elle être plus heureuse dans ce pays qu'elle aime tant? Tu nous le diras bientôt !
    Texte très vivant, sensible et crédible ! Bravo !
    On attend la suite...
    Colette



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  5. Bonjour France,

    Comme tes autres lecteurs, j’ai été sensible au côté plus personnel, plus intime de ce texte qui, de ce fait est encore plus attachant que les précédents dans la mesure où il crée un lien émotionnel entre le lecteur et Line. Un récit qui nous accroche et qui illustre le thème du mari volent en nous faisant compatir aux malheurs de Chris et à la difficulté pour Line de supporter que son amie ne se révolte pas plus tôt. Heureusement, elle a fini par se libérer et les deux amies vont se retrouver au Canada, si tout va bien. Car là aussi des q questions se posent et on est sensible à l’inquiétude de Line.
    En effet « Peut-être y ai-je été un peu rapidement ? » Cette question m’interpelle. Qu’a fait Line ? Va-t-elle imposer son arrivée à Chris sans lui demander son avis ? Lui a-t-elle forcé la main ?
    Bien que tu n’en tiennes aucun compte, je te propose cependant la prochaine consigne – c’est ma part du contrat !
    Sous le signe du rouge, dans ton prochain texte, Jeanne sera confrontée à un outil ou à une pièce de vaisselle à mettre en relation avec une déception.

    Bon travail,
    Liliane

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