samedi 28 mars 2026

Voyage! Voyage!

 


Tranquillement, je me rends à l’aéroport. Il fait beau, je suis contente de partir. J’ai tout fait ! Passeport, billet, argent… Ma valise roule en faisant trop de bruit qui se mélange aux autres sons de roulettes ! Ca bouge !  J’entre dans cet antre grand ouvert et grouillant. D’un pas décidé, je vais voir le tableau et me mets à rêver aux noms de toutes ces contrées du bout du monde. Je suis au milieu de nulle part. Le souvenir des attentats me revient à l’esprit… plus jamais ce ne sera comme avant. C’était le lieu des débuts d’aventures et de rêves. Maintenant, il raconte les dangers du monde et la folie des hommes. Des gens morts parce que, là au mauvais moment. En face de fous de Dieu ! Je n’arrive pas à croire cela… Fous de Dieu ! Comment est-ce possible ? Et pourtant… La terreur ! voilà ce qui est recherché… la terreur. 
Du coup, ces pensées assombrissent mon enthousiasme. Je regarde les gens, venus de partout et écoute ces langues que je ne connais pas. Petit à petit je m’engage dans cette réalité, cette multitude de personnes qui ont tous été des bambins, qui ont grandi en paix ou en guerre dans des pays que je ne verrai jamais. Elles portent les symboles de leur culture, de leur climat, elles sentent les parfums d’ailleurs… Me voilà repartie dans mes voyages imaginaires. J’attends dans cet univers hors de tout. Dans les sons aseptisés et incompréhensibles qui annoncent des départs vers les lointains, j’observe des saris, des Stetsons, des fourrures, même un sombrero aux couleurs vives… Et me voilà partie pour le Mexique. Je mangerais bien un tacos… j’ai un peu faim.  Le temps passe, ouverture de l’enregistrement des bagages. Une file énorme patiente déjà devant le guichet. Nous serons les premiers ! Nannanère ! Je regarde cela patiemment ! Un peu indifférente à ce que je connais des voyages en avion et de cet égoïsme si visible dans ces moments-là. Mais cela ne m’empêche pas de le voir. La file s’ébranle petit à petit.
Quand la fluidité commence, je me dirige vers l’enregistrement. Cette fois, cela sent bien le départ. Douane, Duty free aux odeurs cosmétiques prononcées, le luxe est bien présent. Ouiais ! Un tacos… j’aimerais bien ! J’aurais dû manger ce midi… Mais trop pressée , je me suis dit que mon estomac tiendrait bien le choc. Mais ce sombrero m’a ouvert l’appétit. Tacos… tacos… Pas de tacos. Bon ! Maintenant reste à patienter. Des marmots chuinent, des gens tentent de dormir, d’autres font les cents pas, d’autres lisent, font des mots-croisés, sommeillent… La voix synthétique, dans un anglais rapide, annonce le vol et plane dans le bâtiment. Et hop une file compacte se met en place tout aussitôt… les petits vieux, qui feraient mieux de rester assis sont au premier plan, comme si l’avion allait partir sans eux ! Les portes s’ouvrent dans vingt minutes.  Mais ils seront les premiers ! Nannanère !
C’est enrichissant les voyages ! Comme quoi ! Cela commence déjà avant de partir.
Je prends place sur le siège rouge près du hublot. J’aime voir la terre au loin, traverser les gros nuages blancs, puis le soleil, enfin ! Un passager un peu épais s’assied à côté de moi. Un petit signe d’apaisement, et voilà sa masse qui écrase le fauteuil et moi en partie.
Bien, je vais devoir faire respecter mon espace vital. Les moteurs vrombissent, l’avion roule lentement vers son point d’envol. Dans l’avion, c’est assez calme, comme souvent aux décollages… Peut-être que les autres sont comme moi et craignent ce moment. Le bruit devient puissant et hop, nous voilà dans les airs cloués dans le siège. Cette fois, c’est bon ! Montréal, Chris, me voilà ! J’observe les sols, les villages, les rivières, les autoroutes qui s’entrecroisent. Des lacs qui ressemble à des piscines sauvages tant ils sont petits. Les bois s’étirent en forêt, le cordon jaune du sable, puis la mer s’étale jusqu’au loin… Un bruit constant et régulier prend place dans l’espace de la carlingue. Et c’est parti pour plusieurs heures. Je suis contente de revoir Chris en chair et en os ! Dans un état d’esprit nouveau que je ne lui connais pas. Heureuse, je le souhaite, dans cette nouvelle vie. J’espère qu’elle aimera la vaisselle rouge que je lui amène comme cadeau… J’espère ne pas la décevoir ! Montréal me voilà !

 

6 commentaires:

  1. Bonjour France,
    France Gilmont ou l'art de la multitude, de la compilation, du détail qui frappe !
    Encore un texte touffu mais qui n'oublie pas cette fois le côté personnel, intime du tout début.
    Comme dit par ailleurs, bravo pour cette alliance difficile.
    Et si malgré tout, ton héroïne se laissait envahir par une angoisse justifiée par l'ignorance de son arrivée à Montréal ? Et si malgré sa joie de la revoyure, celle-ci se passait mal ? Et si la réalité prosaïque, la distance dans le temps entre ces deux amies ne pouvait être comblée ? Et si, et si...
    C'est dire combien je me demande comment tu vas clôturer cette suite de textes merveilleusement observés. Je m'attends à pas de fin justement, une ouverture sur...
    Bien à toi,
    Jan.

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  2. Bonjour France,

    Comment ne pas être scandalisé devant la folie de ces fous , de ces criminels qui provoquent la terreur au nom d’un dieu ?

    Et il y a ce très beau texte sur la diversité.

    Et il y a aussi un très chouette descriptif d’un départ en voyage.

    J’ai aimé. Bravo. Au plaisir de lire la suite, fin de cette belle aventure.

    Xian Vé
    Ps : Et si Chris n’était pas heureux de la voir débarquer à Montréal ?

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  3. Bonjour France,
    Le voyage vers Montréal n'est pas seulement géographique, il est émotionnel. Et cet aéroport devient un lieu symbolique.
    Avant, il représentait le rêve absolu, la liberté. Maintenant il reflète la peur et la mémoire des attentats.
    Tu as un regard objectif sur les gens. Tu dis "ils ont tous été des bambins". Là, tu touches à l'humanisation et à la diversité sans cliché.
    Ce que j'ai aimé, c'est le contraste "culture, paysages" et les "tacos, les files d'attente, les petits vieux et le voisin un peu épais". Trop drôle ! Tout cela rend le texte vivant !
    La fin montre une motivation personnelle au voyage, une attente émotionnelle et une possible relation importante.
    Et maintenant...comme dit la chanson...que vas-tu faire pour clore cette nouvelle? Qu'est-ce qui l'attend? Bonheur? Déceptions?
    A toi de décider...
    Bravo pour ce formidable texte!
    Colette


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  4. Bonjour, France,
    Ciel, j’ai cru que j’allais m’envoler moi aussi, tant le descriptif de l’attente est évocateur : brouhaha, allées et venues, cerveau qui s’évade…!
    On s’y croit!
    Et si l’espoir de joyeuses retrouvailles virait au fiasco?Je ne le lui souhaite pas. Au contraire.
    Mais je crains…!
    J’ai hâte d’atterrir… en douceur, et sous l’influence de ta plume significative.
    Cordialement,Madame de
    Micheline.

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  5. … Désolée pour le malencontreux « Madame de… » impossible à effacer.🫢

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  6. Bonjour France,

    Comme les précédents, un texte très réussi qui associe les détails concrets qui créent une ambiance et les réflexions qu’elle génère.
    L’ensemble de tes textes me semble davantage constituer les premiers chapitres d’un roman qu’une nouvelle traditionnelle où, vu les impératifs de brièveté, la narration est essentielle. Quant à la vaisselle rouge pour me faire plaisir, elle est bien entendu superflue. La consigne est là pour servir de déclic à un épisode, pour t’emmener sur un chemin auquel tu n’aurais pas pu penser. Elle est supposée susciter la créativité et non être un bidule encombrant !
    Quant à ton prochain texte, sous le signe du blanc, il est supposé évoquer un accessoire vestimentaire – gant, chaussure, écharpe… – en lien avec un succès.
    Bon travail,
    Liliane

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